Otelama Borges. Cabo verde


Otelma BorgesBonjour, je suis Otelma Borges, Boursière de MxA, Master 2018.

Je suis au Cap-Vert, sur l’île de São Vicente. Mon pays est essentiellement un pays touristique et migratoire, je vous laisse donc imaginer l’impact que nous avons ici, avec cette situation de pandémie mondiale…

Étant un pays insulaire, c’est-à-dire formé d’îles, jusqu’à aujourd’hui, aucune des situations de grandes épidémies mondiales n’était arrivée jusqu’ici, même celle d’Ebola en Afrique, il y a quelques années.

Quand le Covid-19 est arrivé en Italie, les vols vers ce pays ont été interdits, alors que nous avions beaucoup de gens là-bas et beaucoup d’Italiens ici. Mais la frontière a été laissée ouverte à d’autres pays d’Europe.

À l’approche des vacances scolaires de printemps et alors que de plus en plus de pays commençaient à être touchés par la pandémie, certaines agences de tourisme et compagnies aériennes ont commencé à faire la publicité du Cap-Vert comme une destination idéale, sans covid-19.

Le pays a essayé d’empêcher cela en fermant les frontières aériennes et maritimes avec plus de 37 pays. Mais c’était trop tard. Le lendemain de cette mesure, le premier soupçon est apparu et a été confirmé comme positif le 19/03 ; un Anglais de 62 ans qui est malheureusement décédé hier. Le 21/03, deux autres touristes ont été confirmés positifs, le compagnon de voyage de l’Anglais, lui aussi Anglais, et une Néerlandaise. Nous avons donc en ce moment 3 cas confirmés, un, déjà mort, une autre recevant des soins et un autre en situation stable.

Les deux hôtels où ces touristes ont séjourné sont en quarantaine. L’île entière de Boa Vista a également été isolée le jour où le cas a été confirmé. Mais, certaines personnes qui avaient séjourné dans ces hôtels étaient déjà parties pour d’autres îles.

Avec cette situation, le pays s’est retrouvé en grand danger.  Le ministère de la santé surveille environ 200 personnes, pour l’instant, et essaie toujours de retrouver tous ceux qui ont été en contact direct ou indirect avec les touristes. Ils sont tous en quarantaine dans tout le pays, enfants à la maison, évènements sportifs et culturels annulés pour l’instant, ramassage obligatoire à 21h… seules les fonctions de base continuent à fonctionner, mais avec des restrictions.

Il faut dire que notre gouvernement a une attitude exemplaire de maturité et de prudence, en essayant de penser à tous les scénarios et de réagir rapidement. Nous voyons un front uni au sein du gouvernement et de l’opposition, ce qui facilite la prise de toutes les mesures nécessaires.

Mais ce n’est pas facile, car le pays n’est pas préparé à des scénarios comme ceux dont nous sommes témoins dans les nouvelles internationales. Le système de santé ne sera pas en mesure de soutenir ni les ressources personnelles ni les équipements médicaux (c’est-à-dire les ventilateurs et le matériel de protection pour ceux qui travaillent), s’il y a un cas de contamination interne et si la courbure des contaminés est exponentielle…

De plus, le pourcentage de la population ayant déjà eu des problèmes de santé tels que le diabète, l’hypertension ou des maladies respiratoires est très important, ce qui constitue un facteur aggravant.

La première réaction de la population a été la panique. Courir vers les marchés et les pharmacies et accumuler des médicaments, des aliments et d’autres biens. Ce qui est curieux, c’est qu’alors que dans d’autres pays, tout le monde allait chercher du papier toilette, ici, tout le monde allait chercher du gaz de cuisine.

Le gouvernement et les institutions et entreprises respectives ont pris des mesures pour s’assurer que rien ne manquait dans le pays, au moins pendant 6 mois, et ils l’ont transmis à la population.

Il y a eu aussi des personnes irresponsables qui pensaient commencer leurs vacances et qui sont allées à la plage et à d’autres types de rassemblements informels, de sorte qu’il est maintenant interdit d’aller à la plage également.

Tout cela affecte beaucoup le pays tout entier car pratiquement toute notre économie est basée sur le tourisme et les investissements internationaux. Avec tout cela, les hôtels, les restaurants, les sociétés de transport terrestre, maritime et aérien fermés… TOUT LE MONDE va souffrir. Ce sont des mères et des pères qui n’auront rien à mettre sur la table de leur famille. Des gens qui seront au chômage, des gens qui paient des prêts aux banques… Le gouvernement essaie de créer des facteurs atténuants pour ces situations et pour l’instant il pourra le faire, mais l’avenir est très incertain.

Il convient de noter que de nombreuses familles monoparentales ne sont soutenues que par la mère qui travaille dans la rue, qui n’a pas d’emploi permanent. Ce sont des situations qui continueront à nécessiter la gentillesse de ceux qui peuvent les aider.

En ce sens, des campagnes de solidarité commencent à apparaître : faites vos courses, achetez un panier de produits de base et donnez-le à une famille qui ne peut pas en acheter ; donnez du savon et d’autres produits d’hygiène aux quartiers les plus pauvres où les volontaires se rendent pour les éduquer sur la prévention… personnellement, je contribue avec ce que je peux.

En tant qu’enseignante, je suis chez moi et je fais du télétravail. Je fais partie de la population à risque parce que je suis bronco-asthmatique, et on m’a recommandé de rester isolée autant que possible. Je suis préoccupée, comme nous tous, par le moment présent et aussi par ce que l’avenir nous réserve. Mais, pour l’instant, je fais ma part, en essayant de rester informée et en bonne santé, physiquement, mentalement et spirituellement.

Je vous souhaite à toutes et à tous de prendre soin de vous et de ceux qui vous entourent, sans panique, mais avec prudence.

(Traduit par Paola Fourcaud)

Amis de la Fondation