Eugénie Eyeang. Gabon


20/05/2020

Eugénie Eyeang est Maître de Conférences en Didactique des Langues  à l’Ecole Normale Supérieure de Libreville et directeur du Centre de Recherche Appliquée aux Arts  et aux Langues (CRAAL). Elle a participé activement au premier Congrès des femmes hispanistes africaines organisé par la Fondation Femmes pour l’Afrique en 2014 à Abidjan.

Comment faire face à l’enseignement en ligne lorsque seulement deux élèves sur dix ont un ordinateur et qu’un seul a Internet à la maison

Eugenie Eyean, GabónLa création d’une plateforme d’apprentissage à distance:

De TICE Gabon (WhatsApp) à ENUGA (ecolnumerique.moodlecloud.com)

La pandémie mondiale de coronavirus a changé la vie de milliers de personnes dans le monde. Leurs coutumes et habitudes ne sont plus les mêmes. Les relations sociologiques ont changé. Le monde de l’éducation est presque au chômage, de la maternelle au supérieur ; depuis que les gouvernements ont décidé de fermer les écoles, les instituts et universités. Cette situation a provoqué dans le monde de l’éducation et de l’administration scolaire un stress supplémentaire puisqu’il faut trouver des solutions pour assurer la continuité pédagogique. C’est ce qui nous a incités à créer un groupe d’échanges par WhatsApp avec des enseignants intéressés par les activités numériques, et souhaitant les développer d’abord pour eux-mêmes, pendant cette période de confinement.

Le contexte

Au Gabon, la plupart des activités pédagogiques se réalisent en présentiel. La formation à distance ou en ligne est peu développée. Il existe des structures telles que FUNIBER (Fondation Université Ibéro-américaine), AUF (Agence Universitaire de la Francophonie) ou SKILLS (Ecole supérieure) spécialisées dans la formation en ligne. Mais face à la crise sanitaire du COVID19, il n’y a pas de modus operandi prévu pour assurer la continuité pédagogique. Or, les élèves ne peuvent pas rester à la maison sans rien faire, en attendant la « fin du cauchemar ». Les premiers à proposer des plateformes en ligne sont les écoles et instituts privés, au sein desquels le lycée français Blaise Pascal. Au départ, les parents des élèves de ce lycée ont reçu des messages par Whatsapp qui stipulaient que les enfants vont recevoir des devoirs et suivre des cours via ZOOM, Google Meet, TeamLink, etc. Pour suivre efficacement ces enseignements, les parents devaient avoir quelques notions en informatique, avoir une connexion Internet à domicile (de bonne qualité), avoir des ordinateurs ou des smartphones.

Alors que les parents (enseignants de l’Ecole Normale Supérieure ou des universités) partagent ces expériences avec leurs enfants, ils se demandent en même temps comment résoudre le problème d’analphabétisme numérique qui est le leur. Pendant la même période, faisant partie d’un groupe WhatsApp réunissant des chercheurs africains, nous avons ressenti le besoin de créer un groupe spécifique pour les échanges d’informations liés à la formation à distance. C’est ainsi que le groupe WhatsApp TICE Afrique est créé, avec l’aide de la collègue Ana Gainza (Université publique de Navarre, UPNA) le 25 mars 2020, qui, de Navarre, continue ses cours à distance, malgré la pandémie. L’objectif est de partager des expériences numériques et d’apporter une aide à ceux qui ont des difficultés dans ce domaine. Dans chaque pays africain, les autorités ministérielles de l’éducation nationale et de l’enseignement supérieur plaident pour la continuité pédagogique à travers différents médias (TV, Radio, Internet, etc.).

Edifiée par toutes ces informations, j’ai décidé de créer le groupe WhatsApp « TICE Gabon » au Gabon, qui a été suivi de la création d’une plateforme de formation à distance (ENUGA: ecolnumerique.moodlecloud.com). Nous avons commencé avec des bénévoles, c’est-à-dire des enseignants-chercheurs et autres de diverses disciplines des universités, des collèges et des inspecteurs des écoles primaires. Ensuite, nous intégrons des spécialistes de TICE.

Problématique et terrain

La crise sanitaire mondiale occasionnée par le coronavirus a pour conséquence aujourd’hui la décision de confinement et la prise de mesures drastiques par les États à travers le monde : fermeture des frontières aériennes, terrestres et maritimes, fermetures de certaines entreprises, l’arrêt de certains emplois, et enfin la fermeture des établissements scolaires. Mais comme l’a dit, le ministre français de l’Éducation Jean Michel Blanquer, « les écoles sont fermées, mais les cours continuent ». Il faut donc assurer la continuité pédagogique à travers l’enseignement en ligne. C’est aussi la position des autorités gabonaises qui dans une circulaire du 16 mars 2020 ont invité les enseignants à réfléchir aux stratégies pouvant éviter une année blanche. Toutefois, dans le domaine de l’enseignement, du primaire au supérieur, les avis sont partagés, car la dénomination même de « enseignement en ligne » reste très floue.

Nos récentes enquêtes auprès des étudiants et des enseignants montrent que 2 étudiants sur 10 possèdent 1 ordinateur et que 1 étudiant a un ordinateur et une connexion internet à domicile. Du côté des enseignants, si 6 sur 10 ont des ordinateurs personnels, seuls 3 ont une connexion internet à domicile. Dans ces conditions, que faire pour valider cette année académique et scolaire 2019-2020 ? Comment mettre en place l’enseignement en ligne au Gabon et avec quels supports ?

Je vais partager ici les actions menées et les questions posées par les membres du groupe dans les échanges par WhatsApp et Skype.

Actions réalisées

  1. Création d’un groupe WhastApp dénominé TICE Gabon le 2 avril 2020
  2. Définition des objectifs du groupe
  3. Production de documents synthétiques sur la définition et l’organisation de l’enseignement en ligne
  4. Envoi de fichiers PDF et audio traitant de l’enseignement en ligne
  5. Création d’une plateforme (Moodle) pour une représentation visuelle du fonctionnement des cours en ligne. Nom de la plateforme : ENUGA (École numérique au Gabon)
  6. Insertion des membres à la plateforme
  7. Envoi d’un doodle pour la programmation de la 1re réunion de ENUGA
  8. Travail sur la structure de la plateforme ENUGA Questions des membres de ENUGA

 Réactions des membres face au projet

  1. Hilaire B. : Le problème de la faisabilité de l’enseignement en ligne dans le contexte qui est le nôtre avec le confinement de la communauté estudiantine. Comment outiller les étudiants et les enseignants en ordinateurs ? Les téléphones Androïdes pourraient-ils être une piste ? Comment financer la connexion internet ?
  2. Maurice N. E. : Aujourd’hui, nous savons qu’il est question de rattraper notre année grâce aux TIC, mais qu’est-ce que nous devons faire exactement pour atteindre ce but ? Avons-nous les moyens nécessaires pour nos ambitions ou devrions-nous circonscrire les objectifs en tenant compte de nos possibilités réelles ?
  3. Elza K. : Notre école a-t-elle des outils nécessaires pour l’intégration de l’e-learning ou encore l’enseignement à distance ? Comment équiper notre école en matière d’outils de la technologie ? Enfin, comment repenser l’école africaine et gabonaise en particulier en ces temps d’abstinence ou de pandémie mondiale ?
  4. Eugenie E. : Comment fait-on avec les élèves si je n’ai que WhastApp ?
  5. Mireille : Comment éviter les inégalités sociales concernant la fracture numérique, car enseignants comme étudiants, plusieurs sont déconnectés ?
  6. Raymonde : Insister sur les possibilités pertinentes pour l’enseignement en ligne au Gabon.

Méthodologie de travail

  1. Faire un point sur l’état de la littérature sur la question de l’enseignement à distance. Noter que la continuité pédagogique apparaîtra comme une exception ici. Dans cet état de la question, il s’agira principalement d’examiner les avantages et inconvénients de l’enseignement à distance.
  2. Faire le point sur la question des canaux de communication : Internet, TV, Radio.
  3. Faire le point sur la question des outils collaboratifs conformément aux trois canaux cités. 4. Faire le point sur le cas du Gabon. Que doit-on faire, que peut-on faire par rapport à notre spécificité culturelle et nos contraintes socio-économiques ?
  4. Aborder la question du choix ou de l’arbitrage. Peut-on tout faire ? Ne faut-il pas faire des arbitrages par rapport à cette période de rupture pédagogique ? Ne faut-il pas donner priorité aux classes d’examen ?
  5. Le bien-fondé du projet : C’est à ce niveau que le jeu devient intéressant pour nous les experts de la question. La valeur ajoutée qu’on pourrait apporter aux institutions réside sur l’offre pragmatique que nous aurons conçue et décidée + appuyée des recommandations.

Procédures

  1. Enquête réalisée sur le public en présence.
  2. Choix de l’outil et des procédures de formation.
  3. Formation des équipes de travail et de formation autour des spécialistes en TICE pour la mise en ligne de cours.
  4. Familiarisation de l’outil Moodle.

5.Production de capsules…

  1. Publications.

En conclusion

Nous continuons à travailler et à profiter des temps de confinement pour nous perfectionner dans l’utilisation de ces nouvelles technologies. Nous remercions nos collègues Maurice N. Engohan, Anasthasie Obono M. (ENS, Libreville), Mireille Essono E. (ENS, Libreville) et Raymonde Moussavou (ENS, Libreville) et d’autres (UOB : Université Omar Bongo, Libreville; CPP : Centre de perfectionnement pédagogique, Libreville, Dakar, etc.), pour les travaux de formation et de mise en place des dispositifs et la réalisation de “capsules explicatives” facilitant la compréhension des processus. Certains collègues dispensent déjà des cours à distance, sur la base des rudiments que nous avons donnés et peuvent partager avec d’autres, cette expérience de TICE Gabon et d’ENUGA. De plus, un rapport va être publié et un ouvrage collectif coordonné par Anasthasie Obono M. et Robert Angoué N. est en cours. C’est la modeste contribution que nous pouvons apporter aux institutions ou aux collègues, de façon collective ou individuelle, pendant cette période de crise sanitaire liée au coronavirus covid19.

Amis de la Fondation