« Science sans frontières » : mettre en lumière le leadership des chercheuses africaines aux Canaries


Mercredi 20 mai 2026 – Hier, l’Aula Magna Blas Cabrera Felipe de l’Université de La Laguna a accueilli une rencontre institutionnelle et scientifique organisée par la Fundación Mujeres por África, en collaboration avec l’ULL, l’Institut universitaire d’études des femmes (IUEM-ULL), l’Unité de culture scientifique, l’Aula Cultural de Divulgación Científica et l’Agence canarienne de la recherche, de l’innovation et de la société de l’information (ACIISI).

Sous le titre « Science sans frontières : le leadership des scientifiques africaines aux Canaries », l’événement a réuni des représentants institutionnels, des chercheuses et des centres scientifiques autour d’une question centrale : comment les îles Canaries peuvent-elles devenir un espace de rencontre et de production de connaissances partagées entre l’Europe et l’Afrique ?

Une coopération qui doit être horizontale

La journée a débuté par plusieurs interventions qui ont donné le ton des débats. La vice-rectrice à l’internationalisation et à la coopération de l’ULL, María Inmaculada González Pérez, a souligné les bénéfices mutuels de relations plus solides entre l’Europe et l’Afrique, tout en réaffirmant l’engagement de l’institution en faveur de la promotion des talents féminins africains. De son côté, le directeur de l’ACIISI, Javier Franco Hormiga, a présenté les Canaries comme un hub international de la connaissance, en identifiant quatre piliers essentiels pour une coopération scientifique de qualité : la bonne gouvernance, le financement, la culture scientifique et l’internationalisation. Il a également rappelé que les Canaries sont l’une des rares — sinon la seule — communauté autonome espagnole disposant d’une stratégie spécifique Canaries-Afrique.

La Fundación Mujeres por África a, quant à elle, mis en avant le rôle du programme Science by Women comme moteur de coopération scientifique à travers les femmes, tout en insistant sur la nécessité de disposer d’institutions capables de soutenir durablement ce type d’initiatives.

 

Table ronde institutionnelle : des intentions aux actions concrètes

Le premier panel, consacré au rôle des institutions dans la promotion du leadership scientifique féminin africain, a approfondi la question de la transformation des engagements déclaratifs en politiques concrètes. González Pérez a mis en avant la position stratégique et tricontinentale de l’ULL tournée vers l’Amérique, l’Europe et l’Afrique et a détaillé les mécanismes à travers lesquels l’université matérialise cette vision : programmes de mobilité, transfert de connaissances, réseaux et bourses.

Nasara Cabrera, directrice de la coopération à l’Université de Las Palmas de Gran Canaria, a introduit une réflexion souvent absente des débats : la nécessité d’intégrer une perspective de genre dans l’évaluation de l’impact des programmes de coopération universitaire. Elle a souligné que, dans les projets de formation de formateurs, les profils masculins sont généralement privilégiés. Cela ne s’explique pas par un manque de femmes qualifiées, mais parce qu’on ne va pas les chercher. Elle a également insisté sur l’urgence de créer des figures de référence féminines, aussi bien en Europe que sur le continent africain.

Le débat s’est ensuite élargi à une réflexion commune sur la nécessité de décoloniser la coopération scientifique, de comprendre le transfert de connaissances comme un processus bidirectionnel et de garantir la continuité des initiatives afin qu’elles ne se limitent pas à des actions ponctuelles.

 

Panel témoignage : une science vécue à la première personne

La seconde table ronde a offert le moment le plus personnel de la rencontre. Les chercheuses du programme Science by Women ont partagé la manière dont leurs séjours aux Canaries ont transformé leur parcours professionnel.

Amira Tawfeek, chercheuse à l’Institut d’astrophysique des Canaries, a expliqué que cette expérience lui avait permis de progresser dans sa carrière. Sywar Belkahla, chercheuse à la Plateforme océanique des Canaries (PLOCAN), a évoqué la manière dont cette collaboration lui a permis d’intégrer une vision multidisciplinaire. Les scientifiques canariennes présentes ont, quant à elles, souligné les obstacles structurels du système : la rigidité bureaucratique qui constitue une barrière supplémentaire pour les femmes, la difficulté d’exercer un leadership lorsqu’il faut concilier responsabilités familiales et professionnelles, ainsi que la nécessité de redéfinir les formes que peut prendre ce leadership en fonction du parcours personnel et professionnel de chacune.

L’importance de la vulgarisation scientifique a également été abordée afin de déconstruire l’idée selon laquelle il existerait une « science de genre ». Il n’existe ni savoir masculin ni savoir féminin, mais bien des inégalités d’accès aux opportunités.

 

Une rencontre qui laisse une empreinte

L’événement, inscrit dans le cadre du programme Science by Women de la Fundación Mujeres por África, a démontré que les Canaries possèdent à la fois la vocation et les conditions nécessaires pour devenir un espace de rencontre scientifique entre continents. Il a également rappelé que mettre en lumière le leadership des chercheuses africaines n’est pas seulement un acte de justice, mais aussi un choix stratégique en faveur d’une science plus diverse, plus connectée et plus puissante.