Rencontre de journalistes Espagne - Afrique

Nouvelles

Rencontre de journalistes Espagne - Afrique

Madrid 4 octobre 2016.- María Teresa Fernández de la Vega a présenté et animé hier la table ronde consacrée à l’analyse sur l’égalité de genre et son rapport avec les médias lors de la Ière Rencontre de Journalistes Espagne - Afrique organisée par Casa África. 

“En temps de crise, la présence de la voix des femmes dans les médias est beaucoup plus importante”, a affirmé la présidente de la Fondation Mujeres por África, à l’occasion de la rencontre, qui a rassemblé Aisha Dabo (journaliste et l’une de coordinatrices d’@Africtivistes), Verashni Pillay (directrice de l’Huffington Post en Afrique du Sud à partir du mois prochain, après avoir occupé le poste de directrice de Mail & Guardian), Lola Huete Machado (directrice de Planeta Futuro et fondatrice du blog de référence África no es un país), Gemma Parrielada (reporter en Afrique pour El País et d’autres médias comme CNN) et Ana Enríquez (éditrice d’Africaye).

María Teresa Fernández de la Vega a ouvert la table ronde en invoquant la responsabilité des journalistes pour garantir et veiller à la rigueur et au sérieux face à la menace de la banalisation des informations ainsi que pour distinguer ce qui mérite d’être transmis aux citoyens, tout en exerçant la responsabilité de dénoncer les abus, les mauvaises pratiques et les attaques contre la démocratie et les droits des hommes et des femmes. La première perception de la table ronde Femmes, espace public et communication est qu’il reste beaucoup à faire dans le domaine de l’égalité de genre et elle a conclu avec l’idée qu’il est nécessaire de faire un effort continu et conscient afin que cette égalité de genre soit comprise dans tous les programmes politiques et dans les médias.

« Il reste beaucoup à faire », a déclaré Lola Huete Machado. « Nous, les femmes, représentons la moitié de la population mondiale et la moitié de cette moitié est ouvertement pauvre ». Huete a exprimé son souhait que l’on offre toujours une approche du point de vue du genre dans tous les sujets que nous traitons, c’est ainsi que le vrai problème de discrimination que souffrent les femmes encore aujourd’hui sera rendu visible. « Il y a des femmes qui luttent contre les injustices qui existent. On écrit peu à leur égard, mais ce sont des sujets qui marchent bien. Le pouvoir qu’ont les femmes pour attirer leur propre communauté est énorme, et nous, les médias, devrions en être conscients », a-t-elle indiqué, avant de rappeler des cas extrêmes comme l’invisibilité dans les médias des efforts des femmes en faveur de la paix dans des contextes comme le Libéria ou la Colombie. « Des femmes qui pardonnent et vont de l’avant. Une énergie extraordinaire qui n’est pas transmise correctement, ni valorisée, un vrai gâchis d’un point de vue journalistique. Comment se fait-il que ces choses arrivent et nous n’en faisons pas le récit ?», s’interrogea-t-elle.

De son côté, Aisha Dabo a affirmé que la plupart des femmes journalistes deviennent défenseures des droits des autres femmes. « Je ne suis pas féministe, je défends les droits des hommes et des femmes et les droits des femmes sont des droits humains. Il faut poursuivre la lutte. » a-t-elle affirmé. Elle a aussi parlé du manque de sensibilité des médias lorsqu’ils montrent des images de filles mutilées et de leurs familles. « Nous avons besoin de temps pour traiter l’information et la comprendre, or nous sommes toujours pressés. Nous avons tous la responsabilité de traiter les personnes et les sujets avec respect », a-t-elle indiqué. « Parfois il est bon de prendre du recul, de réaliser une introspection et d’accepter que nous pouvons mieux faire, en tant que journalistes et en tant qu’informateurs actifs des médias sociaux ». Dabo a donné l’exemple d’un village au Sénégal qui a été le premier à interdire la mutilation génitale, avant le propre gouvernement. « Un processus où sont intervenus les hommes, qui ont réalisé qu’il s’agit d’une tradition néfaste pour les femmes » a-t-elle constaté. « Il est important de fournir une information claire et nous devons être conscients qu’il existe des traditions qui ne sont pas bonnes pour nous. L’éducation est nécessaire pour les filles et la sensibilisation l’est pour les garçons, qui sont les hommes de demain. En parler ouvertement, élever son fils pour qu’il puisse avoir des rapports d’égal à égal avec des femmes. Nous devrions préparer la prochaine génération », a-t-elle conclu. 

Verashni Pillay a rappelé les viols correctifs infligés aux lesbiennes et la violence sexuelle qui fait souvent la une des journaux de son pays, l’Afrique du Sud, sans compter le sexisme quotidien dans les entreprises, les médias et autres espaces. « Je crois que nous devons continuer à en parler » a-t-elle affirmé. « Nous n’atteindrons pas l’égalité si nous ne la poursuivons pas délibérément ». Pillay a défendu qu’il existe des nouvelles « inventées » adressées à un public masculin et des manières de travailler et des structures qui sont reproduites dans les médias et qui sont destinées aux hommes. Elle a rappelé qu’il ne faut pas considérer comme acquis des droits constitutionnels ni des progrès politiques. Dans son pays, des lois progressistes cohabitent avec des personnes rétrogrades. « Nous ne transmettons pas aux garçons le message que c’est bien de pleurer ou de montrer des émotions, ils deviennent des pères qui ne savent exprimer que la rage et la violence » a-t-elle constaté, avant d’introduire dans son discours le cas d’Oscar Pistorius qui est le reflet de la violence générale à l’encontre des femmes. « Cela arrive tout le temps en Afrique du Sud. Ce sont des sujets qui ne sont pas traités » déclara-t-elle avant de réclamer de la créativité pour faire face aux défis que rencontrent les femmes en général et les journalistes en particulier, en faisant référence, entre autres, aux trois mois de congé maternité légaux de son pays. 

 « Il nous reste beaucoup à faire en ce qui concerne notre manière de faire le récit des histoires » a affirmé de son côté Gemma. « Nous avons tendance à transformer les femmes en victimes, à les dénigrer. Je pense, par exemple,qu’il faut enrichir, encadrer le sujet de la violence sexuelle à l’encontre des femmes dans un contexte plus vaste. Ce sujet est minimisé à cause du traitement qui lui est réservé par les médias.» Gemma s’est aussi plainte que lorsque des journalistes comme elle sont invitées à des rencontres, elles deviennent « l’anecdote », non pas l’experte en République Démocratique mais la « femme reporter ». Gemma a rappelé qu’il est important d’être conscients de nos gestes habituels et de lutter en faveur de l’égalité de manière très précise et quotidienne. 

Ana Henríquez a rappelé que le plafond de verre existe toujours à cause du sexisme qui persiste dans nos sociétés. « Les femmes journalistes avons peur d’aborder des sujets liés au genre car nous sentons qu’on nous enferme dans une catégorie, comme si nous ne pouvions parler uniquement de sujets relatifs aux femmes », a-t-elle ajouté. « Parler de femmes qui ne sont pas toujours des victimes, qui sont courageuses, qui font des choses dont on peut apprendre », a été une des revendications qu’elle a fait valoir face aux médias. Elle a également souligné qu’il ne devrait pas être nécessaire qu’une femme fasse quelque chose d’exceptionnel pour avoir l’attention de médias.

Les dernières nouvelles

Amigos FR

Amis de la Fondation

Nous voulons être 1 million