Avec les femmes africaines des ports

Nouvelles

Avec les femmes africaines des ports

1er avril 2014. María Teresa Fernández de la Vega a participé aujourd’hui aux III Journées de la Femme Portuaire et Maritime Africaine, qui a eu lieu au siège de la Casa África de Las Palmas de Gran Canaria. Elles sont organisées par le Port de cette ville en collaboration avec le Réseau des Femmes Professionnelles Maritimes et Portuaires de l’Afrique Centrale et Occidentale.

La Présidente de la Fondation Mujeres por África a prononcé une conférence sur la dimension stratégique des ports pour le développement et le progrès du continent africain en ce moment où il connaît une importante croissance. Elle a souligné l’importance pour les femmes d’avoir une présence active et une capacité à décider par rapport à ces voies de progrès.

María Teresa Fernández de la Vega a mis en valeur la contribution des femmes africaines au développement de leur continent ainsi que leur capacité à assumer avec plus de force les postes clés de la politique, de l’économie, des entreprises et, en général, à participer dans les sociétés africaines. Cette autonomisation progressive doit s’accomplir aussi -selon les mots de la Présidente de Mujeres por África- dans l’univers des ports et du transport maritime qui représente aujourd’hui 80% du commerce mondial.

De même, María Teresa Fernández de la Vega a signé un accord cadre à trois parties avec la Fondation Puerto de Las Palmas, présidée par Luis Ibarra, et le Réseau des Femmes Portuaires (Red de Mujeres Portuarias), coordonné par la ghanéenne Esther Gyebi-Donkor, en raison duquel les trois entités collaboreront à des initiatives de formation et d’éducation pour ce collectif de femmes africaines.

 

INTERVENTION COMPLÈTE DE MARÍA TERESA FERNÁNDEZ DE LA VEGA LORS DES III JOURNÉES DE LA FEMME PORTUAIRE ET MARITIME AFRICAINE ET ESPAGNOLE

 

Cher hôte, Directeur de Casa África,

Cher Président du Port de Las Palmas,

Chères amies du Réseau de Femmes Portuaires de l’Afrique Occidentale et Centrale,

Amies, Amis,

Merci beaucoup, Président, merci beaucoup, cher Luis, merci beaucoup à la Fondation du Port de Las Palmas de me donner l’opportunité de revenir sur cette chère terre des Îles Canaries. Je vous félicite de l’initiative de cette rencontre ––la troisième à ce jour–– sans doute très productive pour tous et pour toutes. Je vous remercie de tout cœur de pouvoir être ici parmi vous et de participer à cette rencontre de femmes puissantes.

Puissantes parce que vous développez votre activité dans un secteur stratégique pour la croissance et le progrès du continent africain et aussi de l’Espagne : les ports.

Mais puissantes aussi, et surtout, parce que vous avez compris que la reconnaissance des droits associée à l’égalité n’es pas octroyée : elle doit se conquérir. Dans ce processus de conquête de droits que nous, les femmes, avons initié il y a des siècles, notre meilleur atout, celui qu’il faut exercer et faire valoir, celui que vous, les femmes portuaires êtes en train d’exercer et de faire valoir, est le grand atout des femmes : l’association, l’unité, le travail en commun, la mise en commun des aspirations et des revendications. Seule la force née de l’union, de l’association, peut faire changer la donne, et bien de choses sont en train de changer.

Félicitations, femmes des ports, d’avoir su vous organiser et travailler en commun pour vos droits, pour votre progrès. C’est un fait connu que lorsque les femmes progressent, c’est l’ensemble de la société qui progresse. Cette vérité universelle l’est d’autant plus en Afrique. Je crois très sincèrement que les femmes du monde entier avons beaucoup à apprendre de votre capacité d’organisation et d’association.

Félicitations d’avoir su voir, comme l’ont fait nos consœurs africaines, que c’est maintenant, plus que jamais, le moment de faire le pas définitif pour se trouver à l’avant-garde du changement global qui est en train de transformer notre monde d’un jour sur l’autre. Félicitations d’avoir vu clairement que nous devons être en première ligne, sur la ligne de départ, pour atteindre un monde égalitaire.

Amies, amis,

Depuis que les premiers navigateurs ont commencé à sillonner les mers à la recherche de territoires ou de marchandises, les ports sont devenus une source de prospérité pour leurs villes. C’est à bord de bateaux que l’espèce humaine s’est étendue à travers le monde, a connu ses voisins, a échangé ses biens, a partagé sa culture et exercé son pouvoir. En définitive, c’est ainsi que nous avons commencé à globaliser notre planète il y a cinq mille ans.

Les grands navigateurs des XV ème et XVI ème siècles ont contribué vastement à cette tâche en ouvrant les routes qu’aujourd’hui encore sillonnent des milliers de navires. Ces hommes ont eu une vision forte et un courage inouï pour se lancer vers l’Atlantique sans savoir ce qu’ils y trouveraient. Mais ils disposaient aussi pendant cette aventure des nouveaux instruments de navigation ––une grande avancée technologique de cette époque–– et d’un facteur clé : la nécessité. Ces trois éléments se retrouvent et participent à l’essor de ce secteur actuellement: la modernisation, la technologie et la nécessité urgente.

Lorsque l’ancienne route de la Méditerranée et la mer Rouge fut interrompue à cause de l’offensive turque, il n’y avait d’autre issue que de se risquer à localiser et à découvrir de nouvelles routes. C’est ainsi que l’Afrique et l’Europe ont commencé leur histoire commune. C’est aussi ainsi que l’Amérique s’est unie au reste du monde : par la mer et depuis la mer.

Et dans tous les continents, les villes qui avaient la chance de pouvoir héberger et pourvoir des services à la navigation, aux navires remplis de personnes, de marchandises, qui rapportaient les nouveautés et les avancées d’un monde de plus en plus étendu, étaient les plus prospères. Elles avaient l’immense opportunité d’ouvrir les portes à tout ce qui arrivait et d’être la base d’où tout pouvait être expédié. Les ports ainsi conçus s´érigent aux portes des villes côtières maritimes et fluviales en tant que lieu d’échanges, d’entrées et de sorties de commerce. Avec le temps, ces « portes de la polis », qui accueillaient des transactions concrètes, des trocs, des devises, sont passées aujourd’hui à la réalité abstraite des chiffres, des mathématiques, de la philosophie, de la politique.

C’est dans le port phénicien de Tyr que le chiffre 0 et le système décimal furent inventés, comme nous le signale l’écrivain Alejandro Maciel. C’est dans un autre port, Ugarit, que fut créé le premier alphabet qui permettait l’écriture ouvrant ainsi, entre autres, le chemin de l’Histoire et des Idées.

C’est ainsi que les villes les plus favorisées par la nature, la position géographique, les ressources et les richesses de la terre et la capacité et le dynamisme de ses habitants, sont devenues, grâce à leurs ports, des pôles qui ont fait irradier autour d’elles le commerce, mais aussi la culture, la création, les tendances, les connaissances, les technologies… en définitive, l’arrivée de nouvelles civilisations. Mais il est vrai qu’elles ont aussi connu des pratiques terribles et honteuses comme le trafic d’esclaves.

Aujourd’hui comme hier, l’exercice de la liberté de mouvement, d’entrée et de sortie n’entraînent pas uniquement des éléments positifs. Mais avec un contrôle adéquat, avec l’exercice ordonné, responsable et contrôlé de cette liberté de circulation, les retombées positives sont bien plus nombreuses que les négatives. C’est la raison pour laquelle les grandes villes portuaires se trouvent parmi les grandes villes de la planète.

Beaucoup de choses ont changé dans le monde, surtout pendant ces dernières décennies, aussi dans ce domaine, mais la suprématie du commerce maritime se maintient. Selon les données de la CNUCED, l’agence des Nations Unies pour le commerce et le développement, il a représenté 80% du commerce mondial l’année dernière, et a connu une croissance de 4% par rapport à l’année précédente.

Ce qui plus est, dans la période 2001-2011 le nombre de navires construits a été le plus important de l’histoire, toutes périodes confondues depuis qu’on a des registres. Ces années nous ont laissé aussi les navires les plus grands jamais construits.

Nous avons aussi des données préoccupantes: ces navires appartiennent à un nombre de personnes de plus en plus restreint. Il existe aujourd’hui 27% moins de compagnies qu’en 2004. Il faudra rester vigilants parce que ceci est, au-delà du problème de la concurrence, une manifestation claire du modèle de néolibéralisme sauvage et de la concentration du pouvoir qui prévaut actuellement et qui comporte des conséquences économiques très négatives pour les petites et moyennes entreprises, pour le marché du travail et pour l’égalité.

Cependant, c’est un fait que les ports sont encore et toujours ces grands pôles d’échange qui engendrent croissance et progrès. Et pour une région comme l’Afrique Occidentale et Centrale, qui croît à bon rythme, elles sont des infrastructures vitales. Nous devrons donc faire en sorte que cette croissance soit durable et le progrès soit pour tous.

La Communauté Économique des États de l’Afrique Occidentale (CEDEAO) a informé d’un taux de croissance de cette zone l’année dernière de 6,3%. Ceci représente 1,5% de plus que l’ensemble de l’Afrique pendant cette même période.

Et la zone va continuer sa croissance, jusqu’à 7%, en 2014.

Ainsi, la participation africaine à l’ensemble du commerce mondial va s’accroître. En 2012, 9% du commerce mondial a été embarqué en Afrique, 4% y a été débarqué. Selon la Banque Africaine de Développement, on passera de 265 millions de tonnes manipulées dans les ports africains en 2009 à 2 billions de tonnes en 2040.

Et les ports africains doivent s’y préparer, ils sont en train de le faire.

Les ports du Nigéria, de Lomé, d’Abidjan, de Cotonou, de Pointe Noire au Congo, de Takoradi au Ghana, reçoivent actuellement des investissements pour améliorer leurs infrastructures, pour se convertir en centres régionaux ou en ports plus spécialisés.

Il s’agit de ports où seront développés de nombreux services et où interviendront de nombreux agents et organismes différents: consignataires, entreprises de manutention portuaire, autorités portuaires, remorqueurs, lamaneurs, douanes, chantiers et réparations navals, assurances, transitaires, chargeurs, avitailleurs, brokers, dépôts commerciaux, etc.

Des ports dont les fonctions dépasseront largement les services au navire et au fret. Même si leur rôle primordial est encore celui de servir de lien entre les milieux maritime et terrestres, les ports tendent de plus en plus à s’intégrer dans les réseaux logistiques de production, transport et distribution et à devenir de véritables centres de valeur ajoutée.

Ils ne sont plus un simple maillon de la chaîne des transports : ils représentent un milieu productif et logistique adéquat au développement des activités industrielles, touristiques, d’affaires, etc. qui vont bien au-delà du simple échange maritime-terrestre.

C’est une transformation qui demande des services de plus en plus rapides et efficaces, des technologies de plus en plus avancées, des pratiques et des normes de sécurité de plus en plus exigeantes. Une combinaison qui doit s’accompagner des deux défis majeurs de notre monde, un environnement durable et la transparence.

C’est la raison pour laquelle la CNUCED a établi qu’ « un port efficient nécessite une infrastructure, une supra-structure et un équipement adéquat, mais aussi des bonnes communications et notamment une équipe de gestion investie, qualifiée et dont la main d’œuvre soit motivée et expérimentée. »

L’activité portuaire contribue à l’indépendance économique des nations et représente un facteur stratégique dans son commerce international. Les ports contribuent au développement des pays, non seulement parce qu’ils ont un rôle essentiel dans le commerce extérieur, mais aussi parce qu’ils agissent comme des promoteurs de croissance dans les aires où ils se situent : ils ouvrent des marchés, créent des recettes pour les caisses de l’état et des postes de travail.

Une bonne gestion des ports menée par un état peut être stratégique pour son développement. Ils deviennent alors des moteurs de changements, mais aussi de sécurité, de promotion de solidarité, de respect des droits des hommes, d’amélioration démocratique, de lutte efficace contre la délinquance, le terrorisme, les actes de piraterie….

Hier, dans ce même siège, a eu lieu la signature d’un accord en vertu duquel le Port de las Palmas accueillera une plateforme logistique du Programme Mondial des Aliments pour l’Afrique. Félicitations, Luis, parce que ce tu sais que ce projet m’est cher et qu’il constitue une grande avancée dans la lutte contre la faim.

Les défis à relever et les fronts à couvrir sont nombreux. Ils nécessitent d’une organisation, d’une vigilance et d’une inspection adaptés, ainsi que d’un personnel engagé avec la défense des lois et de la protection de la dignité et de l’intégrité des personnes. Les ports peuvent permettre de progresser dans le domaine de la légalité internationale à travers la lutte contre le trafic de certaines marchandises non destinées à toutes les mains et, évidemment, contre le trafic des êtres humains, celui qui heurte toutes nos valeurs et nos principes, et qui, de plus, touche principalement les femmes.

C’est la raison pour laquelle, chères amies, nous, les femmes, devons être présentes dans les ports, nous devons travailler dans les ports et profiter des opportunités qui y sont offertes. Nous devons être présentes dans tous les domaines, ce qui inclut les postes de direction et de prise de décision.

Je sais ––vous le savez mieux que moi­––que ce n’est pas facile. Je suis convaincue que vous, qui êtes présentes ici aujourd’hui, avez dû faire un effort pour aller de l’avant dans un domaine, celui de l’économie, des infrastructures, du commerce qui, comme tant d’autres ––ou peut-être même d’avantage puisqu’il s’agit d’un domaine de pouvoir pur et dur–– a été traditionnellement dirigé, occupé et géré par des hommes et dans lequel nous, les femmes, avons dû, comme toujours, démontrer que nous sommes douées, très, très douées.

Il est vrai aussi que celles, parmi vous, qui développez votre activité dans des domaines vitaux comme le vôtre, celui des ports, êtes appelées à tenir un rôle essentiel dans la défense de nos acquis. Des acquis qui sont des conquêtes pour nos sociétés parce que l’égalité est bonne pour tous. Des conquêtes qui ont toujours été accompagnées, et qui doivent être accompagnées, du progrès de la démocratie, de la justice, du respect et de la dignité des personnes.

Car nous, les femmes, pouvons nous vanter que la voie parcourue a toujours été une voie démocratique, un chemin qui, à la recherche d’égalité, a inclus et suivi la route des grandes valeurs et a épousé les grandes causes de l’humanité. C’est ainsi que nous devons continuer, étant fières d’être porteuses et représentantes du meilleur développement, de la paix et la résolution de conflits, de la tolérance.

Chaque port est un centre de pouvoir, un lieu où son fonctionnement, bon ou mauvais, a des conséquences et une action directes sur le progrès des communautés qu’il dessert.

Plus de trois cent millions de personnes vivant en Afrique Occidentale et Centrale, des milliers d’entreprises, d’activités dans tous les secteurs peuvent et doivent trouver de nouvelles opportunités, un avenir plus prometteur, si les 25 grands ports de la région trouvent et appliquent la meilleure réponse aux besoins des leurs utilisateurs.

Et nous les femmes devons, dans les ports, apporter nos capacités, notre professionnalisme, notre responsabilité, notre vision, notre talent, nos efforts dans la construction, la définition de cette réponse que doivent donner les ports. Nous devons exiger le respect de la légalité internationale, comme l’exigent les accords souscrits par l’OMAOC (Organisation Maritime d’Afrique Occidentale et Centrale) en matière de coopération et sécurité (2008 et 2013).

Sans oublier les valeurs qui ont toujours inspiré notre lutte pour l’égalité et qui se traduisent aujourd’hui dans la protection de l’environnement, dans la volonté de servir l’intérêt général, dans le respect de la vie et les libertés des personnes, dans tout ce qui représente une forte valeur ajoutée dans la gestion d’un espace de l’importance des ports. Petit à petit nous allons y réussir, de la même manière que nous réussissons dans d’autres domaines et secteurs de la vie où nous étions absentes. Il va sans dire que nous y arriverons.

Ces dernières années nous avons assisté, particulièrement en Afrique, à une fructueuse émergence d’associations, de groupes de femmes qui ont lutté activement pour se faire entendre, pour éliminer les discriminations, pour gagner des espaces de liberté et d’autonomie et aussi pour atteindre des postes de pouvoir, de décision et de leadership dans nos sociétés.

L’impact de ce mouvement est vraiment énorme, non seulement en Afrique mais aussi dans le reste du mode. Aujourd’hui, les efforts et les réussites des femmes africaines sont reconnus et applaudis dans tous les forums, dans toutes les organisations internationales, qui commencent à prendre conscience du courage, du travail, de l’engagement, de l’énorme contribution des femmes à l’amélioration des conditions de vie, non seulement des propres femmes mais aussi de tous. Vous avez fait là un pas de géant.

La présence de femmes africaines dans des postes de responsabilité jusqu’alors réservés aux hommes y a sans doute contribué. Ministres de finances, Présidentes de tribunaux, prix Nobel décernés aux femmes, femmes à la tête de banques et institutions financières.

Sans aller plus loin, nous comptons aujourd’hui avec une Présidente de l’Union Africaine, Encosazana Lamini Zuma. Ainsi qu’avec une Directrice Exécutive d’ONU Femmes, Phumzile Mlambo Ngcuka, qui a pris le relais à notre chère Michelle Bachelet et je suis sûre qu’elle le mènera très loin.

C’est un succès extraordinaire et mérité pour les femmes africaines que d’obtenir la présidence de l’Agence des Nations Unies qui représente toutes les femmes du monde et l’Organisation Politique d’intégration plus importante du continent (les européennes n’avons, au fait, pas encore obtenu la présidence de l’Union Européenne). Jamais,…. Et peut-être que les choses auraient mieux marché.

Il s’agit là d’un énorme progrès, car pour développer les droits et les opportunités des femmes, il faut évidemment être là où les décisions sont prises, il faut diriger. Oui, diriger depuis la cabine de commande. De cette manière de nombreux systèmes légaux, de nombreux règlements ont pu être modifiés, en éliminant des discriminations et des injustices qui entravaient tout progrès pour atteindre l’égalité.

C’est de cette manière que toutes ces valeurs et expériences ont été réaffirmées, tout ce bagage constitué pendant tellement de temps, qui a permis que les femmes et leur travail produisent le bien le plus apprécié et estimé dans notre monde global, la confiance.

Une confiance que nous sentons à l’intérieur de nous-mêmes et qui rayonne autour de nous. Une confiance que nous devons faire valoir, que nous faisons valoir, pour être, pour compter, pour participer, pour intervenir, en introduisant ainsi l’équilibre dont toute communauté a besoin pour être vraiment juste.

Ceci doit aussi être valable pour les ports qui représentent une partie importante de la place publique, essentiels à l’économie et au développement de l’Afrique et en particulier de ses régions Occidentales et Centrales.

Je connais vos revendications. Je sais que pour les femmes il est difficile d’atteindre des postes de direction et de responsabilité. C’est difficile en Afrique, c’est difficile en Espagne. L’ancien régime, ce système qui a pendant tant de siècles fait du masculin la valeur première et du féminin une valeur subordonnée, trouve toujours le moyen de mettre des bâtons dans les roues, de ralentir l’avancée. On ne discute pas, on rejette. Voilà la tactique.

Pour cette raison l’Espagne ne compte que trois Présidentes de Ports parmi les 28 autorités portuaires existantes. Je sais que c’est un sujet qui occupe et préoccupe le Réseau des femmes africaines des ports. Il y a bien de quoi. Briser ce plafond de verre qui, effectivement, n’est pas visible à l’œil nu mais qui oppresse tant et tant de femmes, doit être une priorité.

En Europe, aux État Unis, dans les régions qui ont jusqu’à présent, je ne sais pas pour combien de temps encore, été à la tête du monde, on a trop gaspillé le capital, le trésor des femmes. Beaucoup sont restées en cours de route, beaucoup de talent a été gâché. D’autres femmes sont de vraies héroïnes pour avoir pu atteindre leurs objectifs dans des conditions défavorables.

Nous devons être capables d’oublier ces temps révolus qui ont brisé tellement de vies et frustré tellement d’attentes. Aujourd’hui, nous, les femmes, sommes prêtes à viser tous ce que nous envisageons, et nous allons faire tous les efforts nécessaires pour l’obtenir. Par contre nous ne sommes pas prêtes à attendre qu’on nous offre les opportunités qui nous correspondent de plein droit. Non, nous allons les conquérir.

Dans des régions comme l’Afrique où on va avec force vers le plein développement, il est important d’éliminer les obstacles qui ont entravé la vie, la carrière, les expectatives des femmes, par le simple fait d’être des femmes, car elles ont beaucoup à apporter, car elles apportent beaucoup plus que cinquante pour cent.

Ce que nous devons faire c’est rendre visibles ces femmes, c’est les déplacer de l’arrière-plan vers l’avant de la scène, pour que tout le monde sache ce qu’elles font, ce qu’elles obtiennent grâce à leur effort et leur énergie.

Depuis ses débuts en février 2012, la Fondation Mujeres por África, que j’ai l’honneur de présider, a ce travail de visibilisation dans ses gènes. Car le développement du continent africain ne peut être conçu sans l’apport décisif des femmes. Ceci doit être vu, ceci doit être mis en valeur.

Pour cette raison nous parcourrons secteur après secteur, région après région, pour montrer au monde que là où les femmes réussissent, leurs communautés et leur pays réussissent. Ceci est d’ailleurs déjà prouvé par tous les indices de développement et bien sûr chacune d’entre vous en est la preuve.

Pour cette raison nous allons travailler ensemble afin que les femmes des ports d’Afrique Occidentale et Centrale soient vues et entendues. Car je sais qu’avec vous et en conditions d’égalité, les ports seront plus démocratiques, plus équitables, et, pourquoi ne pas le dire, plus efficaces. Ils constitueront le centre de la croissance et de l’enrichissement durable, durable et équitable (réel, pas spéculatif) et pas seulement du point de vue économique, comme ils sont appelés à le devenir de part de l’Histoire.

Pour cette raison, il est très important que vous, femmes professionnelles des ports, soyez au courant de tout ce qui se passe, des nouveautés, des tendances mondiales et locales, qui ont désormais beaucoup en commun. Pour cette raison, il est très important que vous soyez ici, que vous ayez la meilleure formation personnelle et professionnelle. Nous allons travailler ensemble dans cet apprentissage, dans cette formation de leader dans le secteur, de femmes professionnelles dans toute la chaîne de production et de commandement.

Je n’ai aucun doute que l’avenir vous réserve de nombreuses opportunités. Dans les ports et autour des ports de nouvelles techniques et pratiques apparaîtront que vous devrez maîtriser, de nouvelles activités et opportunités à entreprendre et à développer. Nous devons être vigilantes et nous tenir prêtes à nous placer à la tête des avancées, de l’innovation, du meilleur et plus efficace exercice de notre métier.

Dans cet effort vous pourrez compter, et vous comptez, avec le soutien de la Fondation Puerto de Las Palmas, mais aussi avec celui de la fondation Mujeres por África. Pour cela nous avons signé un accord à trois parties favorisant un plan de formation professionnelle, d’apprentissage. Accord qui nous emplit de satisfaction et d’orgueil, qui nous permettra de travailler et de vous accompagner dans vos objectifs, qui sont aussi les nôtres.

Amies et amis.

Nous, femmes de tous les secteurs, de tous les domaines de la société et de la vie, sommes obligées de faire un pas en avant pour assurer que nous gagnons définitivement la bataille. Je suis sure qu’à l’avenir, l’inégalité qui hante notre monde, et en particulier celle de base, celle qui le divise en deux parties inégales, la moitié des hommes et la moitié des femmes, sera un sujet révolu qui provoquera de la surprise par son absurdité à ceux qui l’étudieront et que les garçons et les filles seront incrédules lorsqu’on leur en parlera à l’école.

Mais ce jour-là n’est pas encore arrivé. À cette époque vertigineuse où nous vivons, de changements rapides, de mutations profondes de notre mode de vivre, de communiquer, de travailler; dans cette époque de transformations que personne ne semble prédire ou contrôler, il est vital, il est essentiel que nous maintenions le cap, que nous continuions à naviguer comme nous le faisons depuis tant d’années.

Si nous ne le faisons pas nous continuerons à être à la queue, nous souffrirons de la discrimination d’un ordre obsolète que ni le monde, ni nous- mêmes ne pouvons supporter tolérer plus longtemps. Nous n’avons donc pas le choix, nous devons continuer à bousculer, à lutter et à gagner chaque jour un nouvel espace d’égalité et de liberté.

Liberté qui, comme dit le philosophe irlandais Philip Pettit, n’est pas l’absence d’interférences mais que chacun, chaque personne "est libre dans la mesure où elle dispose de la capacité pour être libre".

Ainsi, jamais nous, les femmes, avons été aussi libres et aussi formées pour être libres. Plus jamais, en reprenant les mots d’Eduardo Galeano, nous serons les "échos des voix masculines et l’ombre d’autres corps”.

On a beau essayer d’appliquer des tutelles et de mettre des bâtons dans les roues à nos avancées, on ne peut pas nous arrêter. La marée des femmes ne peut pas être retenue, ne doit pas être retenue, car elle va rendre meilleur le monde où nous vivons.

Et aujourd’hui vous, femmes africaines, êtes la lune qui stimule cette marée.

Vous savez que vous pouvez compter avec le soutien et la force des femmes du monde entier. Incontestablement avec celui des femmes espagnoles, que je perçois clairement à travers le projet que je dirige avec grand enthousiasme et pour lequel je veux compter avec vous toutes, la Fondation Mujeres por África.

Chères amies, continuez donc votre travail, continuez à construire, continuez à étendre vos réseaux, continuez à favoriser l’égalité, car vous allez y arriver, nous allons y arriver. Vous comptez avec le plus grand respect, avec toute la solidarité, avec l’engagement et les objectifs que nous partageons. Objectifs nombreux, solides et auxquels on ne peut renoncer.

Merci beaucoup. Avec toute mon affection.

 

 

Les dernières nouvelles

Amigos FR

Amis de la Fondation

Nous voulons être 1 million