La ville touristique de Goma a vécu un cauchemar entre le 26 et le 31 janvier de l’année en cours. Plus de 700 personnes ont été tuées et plusieurs autres grièvement blessées lors des affrontements entre les forces loyalistes appuyés par les réservistes wazalaendo et les rebelles du M23/RDF soutenus par le Rwanda.
5 février, 2025. La situation sécuritaire s’est empirée depuis la tombée du Gouverneur Militaire, le Major Peter CHIRIMWAMI.Ce dernier a été touché par balle jeudi 23 Janvier 2025 près d’une ligne de front vers Mubambiro, alors que les combats s’intensifiaient entre les Formes Armées de la République Démocratique du Congo « FARDC » et les rebelles du M23, puis sa mort annoncée par l’armée Samedi 25 Janvier. Malgré les messages d’assurance des appels au calme des autorités à la population, les rebelles ont progressé jusqu’à atteindre la ville de Goma qui reste sous leur occupation depuis le 26 Janvier 2025.
Des détonations d’armes lourdes et légères se sont intensifiées entre les rebelles et les forces loyalistes occasionnant d’énormes pertes en vie humaines. Des morgues de différents hôpitaux de Goma sont débordées. Selon le rapport de la Division Provinciale de la santé, du 26 au 31 Janvier 2025, la ville de Goma a enregistré 700 décès et 22800 blessés.
Des corps gisant le long des routes, sont récupérés par les agents de la croix rouge. A Titre illustratif, sur l’axe « signers et entrée président » en passant par Virunga, Katoyi ; des dizaines des corps des militaires et réservistes Wazalendo, ont été visibles à Kituku au bord du Lac-Kivu. Plusieurs blessés sont signalés également, certains touchés par balle ou par bombe largués sur les habitations lors des affrontements. Une centaine des blessés ont été dépêchées dans les formations sanitaires pour une prise en charge appropriée.
Nos sources rapportent que certains éléments incontrôlés se nommant des « wazalendo », auraient fait incursion dans plusieurs domiciles (dans la commune Karisimbi, Mugunga,Rusayo etc) et ont tué une vingtaine de civils et blessé plusieurs. Certains blessés reçus dans des hôpitaux, ont succombé à leurs blessures. Pendant cette crise, le panier de la ménagère est impacté, les prix des denrées alimentaires et biens des premières nécessités ont sensiblement galopé sur les petits marchés de dépannage dans les avenues. Cela se justifie par la rareté des produits vivriers, et le non accès dans les zones de production agro-pastorales occupées par les rebelles à la porte de Goma. Par exemple, un kilo de pommes de terre qui se vendait à 1500Fc coute actuellement 3000FC. Un tas des légumes qui s’achetait à 2000Fc se négocie à 6000Fc.
Pendant ce temps, pas d’eau ni électricité dans la quasi-totalité de la ville, les installations qui alimentent l’eau et l’électricité à Goma (Virunga Sarl, socodées) ont été touchés pendant les affrontements. Cette situation expose la population aux maladies infectieuses et celles d’origine hydrique. La majeure partie de la population consomme l’eau non traitée des réservoirs avec tous les risques sur la santé. Un bidon d’eau d 20 litres qui coutait 100francs congolais, revient maintenant à 500francs congolais. Un véritable calvaire pour les familles à faibles revenus.
Des boutiques, supermarchés, quincailleries, salles de fête voir même l’entrepôt de la DGDA se trouvant à l’aéroport, ont été systématiquement pillés dans coins de Goma, Katindo, Terminus etc.
La connexion internet reste coupée depuis le début des affrontements dans la ville, créant ainsi de la panique et psychose au sein de la population qui n’est pas facilement joignable.
Pendant ce temps, la prison centrale de Munzenze s’est vidée de la quasi-totalité de son effectif estimé à environ 4400 personnes, après une évasion massive spectaculaire. Une partie de la prison a été incendiée, causant la mort d’une dizaine de détenus, principalement des femmes, ainsi que d’un nourrisson qui était avec sa mère incarcérée. Des centaines des corps sans vie y ont été retrouvés noyés dans le sang. Cette évasion qui risque d’avoir des conséquences graves sur les droits humains dans cette ville et sur la quiétude des défenseurs des droits humains, vu que les violateurs sont libres sans aucun contrôle, ce qui conduirait à la justice populaire et aux représailles.
Cette guerre a provoqué aussi un déplacement massif de la population. Des hommes, des femmes et des enfants, passent nuit à la belle étoile. Certains sont accueillis dans des églises, des paroisses et des écoles. Pour l’instant, difficile de dire à quand la libération de la ville de Goma qui est sous l’emprise des rebelles M23/RDF soutenus par le Rwanda. La population semble être abandonnée à son triste sort, avec une situation humanitaire très précaire.
Julienne Baseke
Julienne Baseke est journaliste et militante des droits de la femme à Bukavu, à l’est de la République démocratique du Congo.
Elle est coordinatrice d’AFEM, l’Association des femmes des médias de son pays, et fondatrice et directrice de Mama Radio, un projet radiophonique qui a permis aux femmes de la région de s’exprimer, tout en jouant un rôle crucial en tant que médiatrice pour la paix.
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